10. janv., 2016

D'Okinawa au Japon

Après avoir été importé de Chine, le karaté a été développé et perfectionné à Okinawa. Les plus grands experts de la fin du xixe siècle et du début du xxe, dont Hanashiro ChomoChotoku KyanAzato Yasutsune (le premier maître de Funakoshi), Kentsu YabuAnkō Itosu (le second maître de Funakoshi), Chibana Shōshin (l'un des condisciples de Funakoshi), Gichin FunakoshiKanryō HigaonnaChōjun Miyagi (disciple du précédent), Kenwa Mabuni (autre condisciple de Funakoshi), entre autres, sont tous originaires d’Okinawa. À part Kanryō Higaonna et Chōjun Miyagi, son disciple et successeur, tous les autres, sans exception, sont des disciples, directs ou indirects, de Sokon Matsumura (1809 - 1896).

Il n’y a pas de traces écrites de la transmission de ces techniques à Okinawa, qui est le berceau du karaté tel qu'il est pratiqué aujourd’hui. Mais ce dont on est sûr, c’est que ces techniques ont été importées en grande partie de Chine, la culture d'Okinawa étant encore plus sinisée que la culture japonaise. Les Okinawaïens avaient aussi des techniques martiales qui leur étaient propres, comme la rotation axiale du poing dans les coups de poing et les blocages.

En 1409, le roi Sho Hashi unifie les territoires d’Okinawa. Sous son règne se développe l'art du Ti (ou Te, ou Di ), cependant déjà présent chez les classes guerrières et nobles. Deux cents ans plus tard, soit en 1609, l'invasion de l'île par le clan Satsuma appauvri la noblesse okinawaïenne, la contraignant à exposer une de ses dernières richesses : le Te. Les armes sont encore confisquées par le nouveau gouvernement japonais; cependant, les armes à feu ayant supplanté les armes blanches, l'autorité se soucie peu du contrôle des villageois. L'art martial des îles Ryūkyū (ryūkyū no ti ou Te ) existait déjà, mais était enseigné en vase-clos et n'est pas apparu à cette période. Aucune source historique ne justifie la pose arbitraire de la création du Te à cette date : les classes paysannes ne repoussent pas de samouraïs en armure et équipés d'armes à feu à mains nues et n'ont pas accès au savoir du Te. En revanche, les classes de guerriers, de la police, de l'administration (peichins ) ou des nobles participent au développement du Te. On remarque que les maîtres de cet art sont tous d'origine sociale aisée (marchands, nobles, officiers), pratiquant de ce fait entre eux.

Pour ces raisons, les classes aisées d’Okinawa ont adapté les méthodes de combat chinoises reprises sous le nom de Okinawa-Te (nom donné au "Tō-de" à partir de la 2e moitié du xixe siècle, en réaction à la domination japonaise) en développant des techniques de combat à mains nues (sans armes). Te signifiant « main », Okinawa-Te signifiait donc les techniques de combat à mains nues d’Okinawa. Dans le dialecte okinawaïen (Uchinaguchi), le terme tōdi était également employé.