SHOMEN GICHIN FUNAKOSHI

Gichin Funakoshi est considéré comme le « père » du karaté moderne. Ce n’est pas un fondateur comme Jigoro Kano et Morihei Ueshiba.

Funakoshi est né dans un milieu très différent de celui de Kano et Ueshiba. Il s’agit de l’île d’Okinawa.Gichin Funakoshi est né à Shuri, capitale royale d’Okinawa, probablement en novembre 1868 mais sa date de naissance officielle est 1870. Il a changé sa date de naissance afin de lui permettre de se présenter à un examen réservé uniquement à ceux nés à partir de 1870. Sa famille dont le nom se lisait originellement « Tominakoshi », appartenait à la petite noblesse.
Dans sa jeunesse, Funakoshi était un peu frêle et il apprit avec brio la littérature classique chinoise auprès de son grand père.

A l’adolescence, Gichin Funakoshi n’avait pas de point de vue précis sur la politique mais sa famille soutenait avec virulence le Parti Obstiné. Sa famille avait une telle détermination et exerçait une telle pression sur Funakoshi qu’il refusa de se soumettre à la loi et dût renoncer à la place qu’il avait obtenue à l’École de Médecine de Tokyo.

En 1888 il abdiqua devant la loi pour obtenir un poste d’enseignant. Il fut donc contraint de se couper le chignon qui était à l’époque la marque de son rang. Le couper signifiait la fin de leur monde. Ces chignons ressemblaient à ceux que l’on portait en Chine.
Durant les trente années qui suivirent, Funakoshi resta dans la région de Shuri et de Naha, la nouvelle capitale d’Okinawa. Il était maître d’école le jour et il s’entraînait au karaté la nuit. Son premier maître fut Taitei Kinjo (1837 – 1917). Quelques mois après, Funakoshi le quitta et se rendit chez Azato (1828 – 1906). Azato transmit à Funakoshi un enseignement qui devînt par la suite un de ses principes fondamentaux : « Transformez vos mains et vos pieds en épées. »

Ci-contre une calligraphie de Funakoshi : « Chérir les anciens savoirs pour comprendre les nouveaux ; ce qui est vieux, ce qui est jeune, est simplement une question de temps ; Tout au long des multiples activités, garder l’esprit clair ; la voie à atteindre est vraie et droite. »
Le rouleau est signé du nom de plume de Funakoshi, Shoto (balancement des pins dans le vent). On remarquera que les coups de pinceaux expriment le caractère de l’artiste : une grande finesse et une force paisible.

Azato insistait auprès de Gichin Funakoshi pour lui enseigner qu’un maintien correct et des manières dignes étaient tout aussi importants que la technique proprement dite. Azato enseignait ainsi à Funakoshi : « Le secret de la victoire, c’est de vous connaître, vous et votre adversaire, par une préparation méticuleuse et une observation attentive. Ainsi vous ne serez jamais pris au dépourvu ».
Funakoshi eut aussi comme maître Yasutsune Itosu (1831 – 1916), et il passa dix ans sous sa direction pour arriver à maîtriser trois katas fondamentaux. Funakoshi a aussi étudié avec le principal mentor d’Azato et Itosu, Sokon Matsumura (1809 – 1901) que l’on surnommait le « Miyamoto Musashi d’Okinawa ». Pour en savoir plus sur Miyamoto Musashi, il est conseillé de lire le magnifique roman d’Eiji Yoshikawa, en deux parties et intitulées « La pierre et le sabre » et « La parfaite lumière » (le titre original du roman est Musashi). Cela permet de mieux comprendre pourquoi Miyamoto Musashi est devenu une légende au Japon. 

A Okinawa, Funakoshi s’entraîna avec d’autres maîtres dont le plus célèbre fut Kanryo Higaonna (1853 – 1917). Higaonna appelé aussi Toonno, avait passé la plus grande partie de sa jeunesse en Chine où il avait travaillé la boxe locale. Il rapporta de ce pays différents accessoires d’entraînement : des poids divers, des sacs de frappe, des socques de fer qu’il introduisit dans sa technique de karaté.
Funakoshi utilisait aussi le bo (bâton de 1.80m) dont il tenait l’enseignement de son propre père, expert en la matière.
En plus de son enseignement, Funakoshi avait élaboré un entraînement personnel pour forger son corps. Chaque soir, pour relier l’école où il enseignait à son lieu d’entraînement, il marchait quinze à vingt-cinq kilomètres. Il passait des heures à se durcir les poings et les coudes en frappant le makiwara (sorte de paillasson sur lequel les karatékas frappent pour se renforcer la peau). Il se musclait en soulevant de gros poids et en portant des guettas de fonte.

Il s’entraînait comme un fou et frappait le makiwara des centaines de fois chaque jour pour forger ses poings et ses coudes, jusqu’à la fin de sa longue vie qui dura près de quatre-vingt-dix ans.

Il aimait participer aux concours de lutte et au tir à la corde. Dès que survenait un typhon, il empoignait un tatami, montait sur le toit de sa maison, prenait la position du « cavalier de fer », maintenait le matelas devant lui pour se protéger des objets qui volaient et affrontait la tempête de plein fouet. Cependant, il n’apprit jamais à nager.

Funakoshi épousa une femme d’Okinawa et il eut trois garçons et une fille. Sa femme qui avait de lourdes tâches quotidiennes se mit elle aussi au karaté, la nuit, et devint très rapidement aussi habile que son mari. Elle prit même en charge la direction de l’entraînement de quelques étudiants de Funakoshi lors de ses absences.

C’est en tant que médiateur que Funakoshi eut à livrer ses plus grands combats de karaté qui témoignèrent de l’efficacité remarquable de ses stratégies. On faisait souvent appel à lui pour résoudre des conflits qui opposaient maîtres et élèves au sein de l’école locale. On faisait aussi appel à sa femme pour régler les problèmes de voisinage.

En 1892, Itosu et ses élèves firent une démonstration de karaté devant Shintaro Ogawa, commissaire japonais de l’éducation en visite à Okinawa. Peu de temps après, le karaté fut enseigné au premier lycée public d’Okinawa et à l’école locale des aspirants fonctionnaires. En 1901 ou 1902, grâce au travail de Funakoshi, le karaté est inclus dans le programme d’éducation physique des écoles d’Okinawa. En 1906, on détacha des membres de la flotte impériale pour les envoyer apprendre le karaté à Okinawa.

En 1917, première démonstration officielle de karaté hors d’Okinawa, faite par maître Funakoshi au Butoku-den, le temple des arts martiaux de Kyoto.
En 1921, Funakoshi, désireux de se vouer au développement du karaté renonce à sa situation d’enseignant.
Il est dit que, durant les trente années de son activité scolaire, il ne manqua jamais une seule heure de classe pour raison de maladie. Il attribuait sa bonne santé à son régime rigoureux de karatéka. 
En mai 1922, Funakoshi fut sélectionné par les fonctionnaires d’Okinawa pour représenter le karaté lors d’une démonstration de budo organisée par le Ministère japonais de l’Éducation. Funakoshi organisa très soigneusement la démonstration et la conférence qui devait la compléter. Le public fut enthousiasmé par l’intensité et le dynamisme de la démonstration de Funakoshi.
Jigoro Kano qui était dans l’assistance avait correspondu avec Funakoshi quelques années auparavant pour lui proposer d’enseigner au Kodokan. Funakoshi avait alors refusé et cette fois-ci, Jigoro Kano réitéra sa demande. Funakoshi accepta et se proposa d’enseigner quelques katas appropriés au Judo. L’enseignement de Funakoshi fut très bien accueilli par le Kodokan. Kano introduisit certains mouvements de karaté dans un kata de Judo. Il s’agirait du Kime No Kata (kata de défense) ou du Go No Kata (kata de la force).
Après la mort de Maître Kano en 1938, Funakoshi n’a cessé de rendre hommage à sa mémoire. A chacun de ses passages devant l’immeuble du Kodokan, il s’inclinait respectueusement dans la direction du bureau de Kano. Funakoshi décida ensuite de rester à Tokyo avec son fils aîné. Il écrivit un poème à la suite de cette décision :

 

"Ces merveilleuses techniques des Mers du Sud, ce Karaté,
Quelle misère d’en voir la vraie tradition menacée.
Qui aura le courage de lui rendre sa pleine gloire ?
D’un cœur ferme, face à l’azur du ciel,
Je le jure solennellement."

Le plus grand défi de Funakoshi : faire reconnaître le karaté d’Okinawa comme un budo (art martial japonais) à part entière. Les okinawaiens étaient perçus comme différents, ils avaient la peau plus foncée, parlaient un dialecte rude et ils restaient des provinciaux aux yeux des habitants de Tokyo.
Le travail de Funakoshi était dur surtout que le karaté était considéré comme une variante de la boxe chinoise. Funakoshi s’installa dans le Meisei Juku, une pension située dans le quartier de Suidobata, à Tokyo. Il n’avait que peu d’étudiants. Ses faibles revenus l’obligeait à travailler comme portier, balayeur ou gardien de nuit ce qui le réduisait au rang de domestique. En 1922, il réussit à publier le premier livre sur le Karaté moderne : Ryukyu Kenpo-Karate (les techniques chinoises du poing de Ryukyu).

Le premier septembre 1923 survint le grand tremblement de terre de Kanto qui tua plus de cent mille personnes et détruisit une grande partie de Tokyo. Pour Funakoshi et ses élèves, l’entraînement cessa.
Il repris grâce à Hakudo Nakayama (1874 – 1958) qui offrit à Funakoshi la possibilité d’utiliser son dojo pendant les heures creuses. Funakoshi attira de plus en plus d’étudiants, et des sections de karaté s’ouvrirent dans diverses universités. Funakoshi commença même à enseigner dans quelques académies militaires et plusieurs grands champions de sumo demandèrent à être instruits. En sumo, les coups de poings et de pieds ne sont pas autorisés mais les attaques à mains ouvertes le sont.

 

Funakoshi qui était petit pour un japonais de l’époque portait souvent des guettas de bois à une seule barre transversale. « Ce n’est pas pour me hausser, affirmait Funakoshi, mais pour améliorer mon équilibre. » Il était pointilleux quant à son apparence générale, et il consacrait une heure ou deux à sa toilette quotidienne. Autour de 1924, Funakoshi adopta le système de la ceinture noire pour reconnaître les détendeurs de dan.

Le costume d’entraînement choisit était plus léger que celui utilisé en Judo pour offrir une plus grande liberté aux mouvements. En 1926, parut une nouvelle version du livre de Funakoshi sous un nouveau titre : Renten Goshin Karate Jutsu (entraînement et autodéfense dans les arts du Karaté).
Il faut aussi savoir que d’autres pionniers du karaté venaient aussi d’Okinawa et jouèrent des rôles importants dans l’expansion de cette technique, tant au Japon que dans le monde. Ces pionniers ont bien souvent développé des styles de karaté différents de celui de Funakoshi.

Chojun Miyagi (1888 – 1953) développa un karaté « dur et doux », le karaté Goju Ryu en s’inspirant du Shorei-Ryu. Kenwa Nabuni (1889 – 1952) a créé le style Shito Ryu, mélange des styles de Higaonna et d’Itosu.
Chokki Motobu (1871 – 1944) avait quant à lui un karaté agressif dans le style combat de rue.
Kanbun Uechi (1877 – 1942) fonda le style Uechi Ryu. Hironori Otsuka (1893 – 1982) qui fut un des premiers élèves de Funakoshi, fonda le Wado Ryu, une des principales écoles de karaté à l’heure actuelle. Masatatsu Oyama (1923 – 1994) créa le Kyokushinkai (karaté au K.-O.), fut également élève de Funakoshi. D’une manière ou d’une autre, Funakoshi fut en contact avec tous les principaux pionniers du karaté.

Entre la fin des années vingt et le début des années trente, Funakoshi rencontra Morihei Ueshiba, le fondateur de l’Aïkido. Ensemble ils philosophaient sur la vraie nature du budo. En 1935, Funakoshi publia un nouveau livre : Karate-Do Kyohan (la voie du Karaté : le texte fondateur). Le karaté était donc une Voie. Les idéogrammes du nom karaté ne signifiaient plus « main chinoise » mais « main vide ». L’interprétation devenait alors plus philosophique et kara se traduisait par « technique de la main vide », « vide de pensées égoïstes et mauvaises », « vide comme un tronc de bambou et cependant souple et incassable » et « vide de soi, comme synonyme de la vérité de l’univers ». Les noms des katas ont aussi été modifiés et remplacés par des noms japonais plus élégants et plus classiques. En 1936, Funakoshi ouvrit son premier dojo de karaté : le Shotokan. Son style était désormais le Shotokan Ryu.

 

Après l’ouverture du Shotokan, Gigo (1907 – 1945) qui était le troisième fils de Funakoshi, 
devint son premier assistant. Funakoshi était alors le « Vieux Maître » et le fils le « Jeune Maître ». 
Ils voyaient tous deux l’entraînement différemment.
Gichin Funakoshi voulait enseigner les katas dans le but de développer les muscles et les réflexes. 
La pratique des combats était fondée sur l’idée ikken hisatsu (un seul coup doit décider de tout), 
c’est-à-dire que l’on doit contrer immédiatement l’attaque puis l’arrêter en saisissant la manche de 
l’adversaire. La simultanéité des actions demeurait primordiale.
 
Son fils souhaitait plus la compétition et voulait un karaté avec un esprit semblable à celui qu’on trouvait en Kendo ou en Judo. Une seule personne sur dix pouvait tenir le rythme du Shotokan pendant plus de quelques mois. Pour ceux qui y parvenaient, ils recevaient un enseignement individuel le soir au domicile de Funakoshi.
Avec l’entrée imminente du Japon dans la Seconde Guerre Mondiale, beaucoup de monde affluait au Shotokan pour apprendre à se battre.

Funakoshi connut une année 1945 terrible. Pendant le bombardement de Tokyo, le Shotokan fut réduit en cendres, Okinawa fut rasée lors imminente du Japon dans la Seconde Guerre Mondiale, beaucoup de monde affluait au Shotokan pour apprendre à se battre.

Funakoshi connut une an de l’invasion des forces américaines : 60 000 civils tués, et quatre-vingt dix pour cent des survivants restèrent sans abri. Le Japon capitula en août après une défaite honteuse qui laissait le pays en ruines. Gigo, le fils de Funakoshi, mourut d’une leucémie.
Madame Funakoshi se rendit à Oita sur l’île de Kyushu où Funakoshi la rejoignit. En 1947, Madame Funakoshi mourut à la suite d’une crise d’asthme.
Funakoshi retourna donc à Tokyo pour y vivre avec son fils aîné Yoshihide. Il restaura ensuite le Shotokan.

En 1949, il constitua la Japan Karate Association et en était le Directeur Technique.
Le karaté fut le seul art martial à ne pas être interdit par les autorités d’occupation car il était considéré comme une simple boxe et pas comme un budo nationaliste.
Funakoshi reprit ses activités d’enseignant. Mais après la guerre, les choses avaient changé. Funakoshi voyait toujours son karaté de la même manière et ses entraînements n’intéressaient plus les jeunes qui souhaitaient faire de la compétition.
Passé quatre-vingt ans, il n’avait plus que peu d’élèves présents à ses cours

Il donna un résumé de sa vision du karaté dans ses vingt principes appelés Niju Kun. Ces préceptes couvrent non seulement une vue plus large de Gichin Funakoshi au sujet du karaté, sa base sociale et morale fondamentale, mais donnent aussi un avis sur des principes techniques, des principes d'autodéfense, et sur la façon d'intégrer le karaté dans la vie quotidienne.

Karate do wa rei ni hajimari, rei ni owaru koto wo wasuru na.

karate-do : la Voie du karaté
rei : courtoisie, salutation, salut, gratitude
hajimari : début
owaru : finir
koto : chose
wasuru na : n'oubliez pas

Règle 1. N'oubliez pas que le karaté-do commence et se termine dans la courtoisie.
Sans la pratique de la politesse et du respect, il n'y a pas de progression possible dans la Voie. Le respect de l'étiquette, symboliquement marqué par le salut (Rei), crée l'harmonie en soi et autour de soi.
La notion de respect envers ses partenaires d'entraînement est primordiale. Il est important d'être poli pendant l'entraînement avec un partenaire, de ne pas être arrogant ,ou se croire supérieur. Cependant, la politesse et le respect ne doivent pas être limités aux quatre murs du dojo. À la maison, on écoute ses parents. Au travail, nous n'allons pas à l'encontre de l'avis de nos supérieurs. À l'école, on porte attention aux paroles des professeurs. " Gichin Funakoshi

Karate ni sente nashi.

karate : main vide
sente : le premier geste, le premier mouvement, l'initiative
nashi : n'est pas là, n'existe pas

Règle 2. En karaté, l'initiative est sans avantage. 
Ce précepte est sans aucun doute l' un des plus célèbre. Il a été gravé sur la pierre de son mémorial élevé au temple Enkakuji de Kamakura. Le karaté ne doit servir en aucun cas à attaquer. Ici, Funakoshi ne parle pas de la voie du karate (karate-do), mais de la technique.
Cette sentence résume toute l’attitude qui doit être à la base de la pratique du Karaté, et des arts martiaux en général. Le premier mouvement, et même si de l’extérieur il peut être perçu comme une initiative d’attaque, doit être conçu comme une défense. Le karatéka ne doit pas manifester d'agressivité, et la réponse qu’il peut être amené à donner lorsqu’une confrontation est inévitable ne saurait être qu’une défense, suivie d’une riposte contrôlée en fonction de l’agression. Ni agressivité, ni violence. Singulièrement, tous les katas Shotokan commencent par une technique défensive. Cette volonté de ne pas commencer le combat, la sérénité et l’harmonie qu’elle sous-entend, doit être présente au Dojo comme dans toutes les choses de la vie.
Un témoignage de Taiji Kase : "  Mon conseil pour les pratiquants de karaté do est très simple: il faut bien faire attention à ce qu'a dit Gichin Funakoshi “Karate Ni Sente Nashi”. Il faut comprendre ce concept de manière très profonde. Aussi bien au niveau mental qu'au niveau technique. Il faut faire en sorte que l'agresseur possible comprenne mentalement qu'il vaut mieux pour lui ne pas attaquer, qu'il le sente et qu'il l'accepte. C'est là le véritable sens de la maxime “Karate Ni Sente Nashi”: que l'adversaire renonce à sa première attaque et qu'ainsi l'agression ne se produise pas. "

Karate wa gi no tasuke

gi : justice, droiture, loyauté, didélité, sens
tasuke : aide, secours, délivrance

Règle 3. Le karaté est l'aide de l'équité. 
Le karate est un instrument de justice. La pratique de cet art doit développer un esprit ayant une vision juste des choses de la vie et aussi, s'il y a lieu, rendre possible d'intervenir physiquement pour une cause juste. Pour Funakoshi, Le karate do vise le perfectionnement tant de l'esprit que du corps.
Respectez les règles de la morale dans votre vie quotidienne, en public comme en privé. Personne ne
peut atteindre la perfection en Karate sans avoir compris qu'il s'agit par dessus tout d'une foi, d'une voie. Le karatéka en offrant son aide et en acceptant celle des autres apprend à donner à l'Art la dimension d'une foi.
 " Gichin Funakoshi
À travers l’apprentissage des techniques et du geste parfait, le karatéka développe son énergie vitale, le Ki, mais se construit un état d’esprit, le Shin, fait de maîtrise de soi qui le détourne de la violence à travers laquelle il s’est en quelque sorte "formé". La voie de l’art martial authentique se doit d'être une voie éducative, celle de la paix et de la non-violence. Il y a dans tout art du Budō, trois composantes intimement liées dont la proportion varie en fonction de l’âge et du niveau dans la progression du pratiquant : les éléments corporels (Tai), les éléments techniques (Ghi), les éléments mentaux (Shin). La méconnaissance de l’un comme de l’autre de ces principes entraînerait très vite le pratiquant dans une fausse direction avec, comme résultat, la non obtention de l’efficacité réelle, voire de troubles dans son comportement au quotidien. Les adaptations sportives contemporaines des Budō anciens n’expriment que très faiblement (et pour certains, pas du tout), ce type de préoccupation. Ainsi la pratique systématique de la compétition privilégie parfois trop largement les résultats externes (l’ennemi est au dehors), au détriment de la recherche interne (l’ennemi est en soi), qui devrait être la véritable motivation du Budoka.

Mazu jiko wo shire, shikashite ta wo shire

mazu : premièrement, tout d'abord
jiko : soi-même
shire : connaître, savoir
shikashite : et, aussi alors, puis
ta : les autres

Règle 4. Avant tout, connais-toi, ensuite connais les autres.
Il faut connaître ses forces et ses faiblesses, ne pas être complaisant envers soi. Ensuite seulement porter un regard, une appréciation, une évaluation sur l'autre. Azato, un professeur de Funakoshi, avait l'habitude de dire : " Connaître son ennemi et se connaître soi-même : c'est le secret de la stratégie ". À force de pratique le karatéka connaît ses techniques favorites ainsi que ses propres faiblesses, en combat il doit connaître ses propres points forts mais aussi ceux de son adversaire.

Gijutsu yori shinjutsu

Gijutsu : technologie, habileté, art, compétence
yori : plus que
shinjutsu : spiritualité

Règle 5. L'esprit (la force psychologique) avant la technique.
Funakoshi demande ici de penser en termes d'amélioration de son attitude mentale, au lieu de ne penser qu'à l'exécution technique. Le Karate-Dō vise le perfectionnement tant de l'esprit que du corps et les louanges des seules prouesses physiques doivent être bannies. Comme le saint bouddhiste Nichirien l'a dit si justement, on n'étudie pas les sutras en les lisant seulement avec les yeux mais aussi avec l'âme. Celui dont l'esprit et la force mentale se sont endurcis en adoptant une attitude ou il n'est nulle question de renoncer, ne rencontrera aucune épreuve qu'il ne saura surmonter." Gichin Funakoshi

Dans l'étude du Karate-Dō on dit que l'esprit est parfois plus important que la technique. À technique égale c'est l'esprit qui fait la différence. Si tu combats, guerrier, et qu'un de tes bras casse sers-toi de l'autre. Si l'autre casse, sers-toi de tes jambes. Si tes jambes t'abandonnent, tu peux encore mordre. Si on te coupe alors la tête, ton corps tombera bien après. " Gichin Funakoshi

Kokoro wa hanatan koto wo yosu

Kokoro : coeur, esprit, noyau
hanatan : séparer, laisser la liberté, relâcher, laisser aller
koto : chose, substance
yosu : demande, exige, nécessite

Règle 6. Il est nécessaire de libérer son esprit. 
Tout est dans l'attitude mentale lorque l'on fait face à un adversaire réel. Il convient d'avoir l'esprit calme, comme la surface de l'eau. 
L'eau lisse reflète exactement l'image de tout les objets, et si l'esprit est maintenu calme, la compréhension des mouvements d'adversaires, psychologiques et physiques, sera immédiate et précise, et ses réponses défensives et offensives seront appropriées et proportionnées.
D'autre part, si la surface de l'eau est dérangée, les images qu'elle reflète seront tordues. En d'autres termes, si l'esprit est préoccupé avec des pensées d'attaque et de défense il ne comprendra pas correctement les intentions de l'adversaire créant une occasion pour que l'adversaire attaque.
Funakoshi a dit : " De même que le miroir est clair et reflète une image sans distorsion, ou la vallée tranquille qui renvoie l'écho d'un son, ainsi doit un débutant se libérer de ses pensées égoïstes et mauvaises, car c'est seulement avec un esprit clair et la conscience pure qu'il peut comprendre ce qu'il apprend".

Wazawai wa getai no shozu

Wazawai : malheur, infortune
getai/kaitai : paresseux, négligent
shozu : produit, provoque, survient

Règle 7. La malchance provient de la négligence.
Beaucoup d'accidents sont imputables à la négligence, à la paresse. Le moindre relâchement de l'attention lors d'un combat, peut réduire à néant les efforts de préparation et de recherche effectuées au préalable. La paresse, la négligence prend parfois des formes insoupçonnées, qui n'ont rien à voir avec le nombre d'heures passées au travail ou à l'entraînement. La principale forme est la peur. La peur du changement, la peur de perdre ce que nous avons si nous nous aventurons ailleurs. S' améliorer comme être humain, évoluer, demande du courage et des efforts que peu de gens sont prêts à faire.
La vie ressemble souvent à un match à couteaux tirés. Avec une attitude tiède face à la vie,qui vous fait supposer qu'après un échec il existe toujours une deuxième chance, qu'espérez-vous accomplir l'espace d'une vie, qui souvent ne compte guère plus de cinquante années ? " Gichin Funakoshi.

Dojo nomi no karate to omou na

dojo : salle d'entrainement
nomi : seulement
omou na : ne pensez pas

Règle 8. Ne croit pas que le karate n'est qu'au Dojo.
La Voie, la pratique intérieure et l'importance d'un bon comportement dans tous les actes de la vie quotidienne. Pratiquer ne concerne pas seulement la technique. Ce principe se retrouve dans l'ensemble des arts martiaux pratiqués en tant que Voie. Le Budo, répètent les Maîtres, ne se pratique pas qu’au Dojo. Il constitue un art de vivre qui s’expérimente à chaque instant. Le véritable Dojo, ajoutent ils, est celui que le disciple doit se bâtir dans son coeur, au plus profond de lui même.
Considérez la vie de tous les jours comme faisant partie intégrante de votre entraînement de karate. Ne croyez pas que que le karate n'existe qu'au sein du dojo, ou qu'il ne doit être considéré comme une méthode de combat. L'esprit de la pratique du karate et les éléments constitutifs de l'entraînement sont applicables à chacun et à tous les aspects de la vie quotidienne. Celui dont l'esprit et la force mentale se sont endurcis en adoptant une attitude ou il n'est nulle question de renoncer, ne rencontrera aucune épreuve qu'il ne saurs surmonter " Gichin Funakoshi

Karate no shugyo wa issho de aru

shugyo : formation, instruction
issho : vie entière, existence
de aru : pour être

Règle 9. Une formation de karaté dure une vie entière.
Il faut considérer le karaté comme un art de vivre. L'école bouddhiste zen et les arts martiaux ne sont pas des choses que vous faîtes ou vous apprenez, ils sont ce que vous êtes. Il est indispensable de consacrer tout son temps à se perfectionner, c'est pouquoi l'entraînement est un processus sans fin.

Arai yuru mono wo karate ka seyo soki ni myo mi ari

arai yuru : tous, chaque
mono : chose, substance
ka seyo : transformez en, transformez (commande)
soki : là, pas trop loin
myo mi : charme, beauté exquise

Règle 10. Le karate est dans tout ce que vous faites, là est sa beauté intrinsèque.
Un coup, de poing ou de pied, asséné ou encaissé, peut signifier vie ou mort. Telle est la doctrine au coeur du karate-dô. Si chaque domaine de la vie est abordé avec un tel sérieux, épreuves et difficultés peuvent être dépassées. Si un pratiquant affronte chaque difficulté en ayant le sentiment que sa vie entière est en jeu, il réalisera l'ampleur de ses propres capacités.
Il convient de relier sa vie de tous les jours au karate et ainsi découvrir la lumière de l'esprit. Il faut considérer la vie de tous les jours comme faisant partie intégrante de l'entraînement de karaté. Une tâche difficile, un examen éprouvant, une épreuve de la vie sont des occasions d'apprendre et grandir. Ce principe rejoint la règle 8 : ne croit pas que le karaté n'est qu'au Dojo.

Karate wa yu no goto shi taezu netsudo wo atae zareba moto no mizu ni kaeru

yu : eau chaude
gotoshi : comme, comme si
taezu : toujours, continuellement, sans interruption
netsudo : degré de chaleur, enthousiasme
atae zareba : à moins que vous ne donniez
moto : origine, état précédent
mizu : eau
kaeru : retour

Règle 11. Le karate est comme l'eau chaude, si vous ne lui apportez pas de la chaleur constante, elle
refroidira.

C'est la base de l'apprentissage... Continuez, ou arrêtez. Cependant si vous arrêtez, la reprise de
l'entraînement sera difficile, et devra se faire d'une façon progressive et intelligente pour éviter les blessures. L'intégration d'un aspect du karaté parmi d'autres, ou une pratique irrégulière et insuffisante Seule une pratique régulière et assidue récompensera votre corps et votre esprit des fruits de la Voie.
L'apprentissage par la pratique revient à pousser une charrette vers le sommet d'une colline: cessez de pousser et tous vos efforts auront été vains " Proverbe japonais

Katsu kangae wa motsu na makenu kangae wa hitsuyo

katsu : pour gagner
kangae : une pensée
motsu na : n'ont pas
makenu : ne pas perdre
hitsuyo : requis

Règle 12. Ne pensez pas que vous devez gagner, mais plutôt que vous ne devez pas perdre.
C'est une citation qui porte à réfléchir. La plupart des textes martiaux d'arts disent que vous devriez avoir l'esprit vide de pensées. Mais ce point du Niju Kun n'indique pas cela. Il indique clairement que vous devriez penser, et ce que vous devriez penser à ne pas perdre. Plutôt que d'imaginer que vous gagnez vos matchs, et amenant alors de l'anxiété et la préoccupation du succès, pensez seulement à ne pas perdre, et évitez l'appréhension, la crainte de la perte, et l'anticipation du succès.
L'attitude mentale obsédée par la victoire nourrit
nécessairement un optimiste excessif qui, à son tour, nourrit impatience et irritabilité. La meilleure attitude
consiste à se résoudre fermement à ne pas perdre, quel que soit l'adversaire, en prenant conscience de nos propres forces et en faisant preuve de conviction inébranlable le tout en adoptant une attitude conciliante dans la mesure du possible.

Tekki ni yotte tenka seyo

tekki : ennemi, rival, concurrent
ni yotte : selon
tenka seyo : changement

Règle 13. Transformez-vous selon votre adversaire.
Cette règle se rapporte à la nécessité de se rendre constamment compte de la totalité de l'adversaire et de ses mouvements. Cela signifie qu'on doit observer l'adversaire globalement. Avec le développement complet de cette attitude, la conscience se rendra immédiatement compte de toutes les ouvertures dans les défenses de l'adversaire. Face à l'adversaire, il faut sans cesse adapter sa défense.

Tattakai wa kyo-jitsu no soju ikan ni ari

tattakai : guerre, combat
kyo jitsu : vérité ou mensonge, combat intelligent, essayant chaque stratégie
soju : contrôle, pilote
ikan : quoi, comment

Règle 14. Le secret du combat réside dans l'art de le diriger.
Les préceptes 13 et 14 évoquent l'attitude mentale à suivre en combat. Un combattant doit pouvoir et savoir s'adapter à son adversaire; il évitera les points forts de l'ennemi pour le frapper là où il est vulnérable. Il doit éviter toute action stéréotypée. Azato disait : " Il ne faut pas se laisser intimider, mais garder la tête froide pour chercher l'inévitable faille de la garde. La victoire est alors à votre portée. "
Un adversaire ne doit pas vous faire changer. Il faut par contre apprendre à le commander et à le manoeuvrer. Il ne faut pas utiliser n'importe quelle technique, mais savoir analyser la situation et la gérer intelligemment.

Hito no te ashi wo ken to omoe

hito : les gens
te ashi : bras et jambes
ken : épée
to omoe : pensez

Règle 15. Pensez aux bras et aux jambes des gens comme des épées.
Nos bras et nos jambes sont comme des épées... ceux de l'adversaire aussi ! Funakoshi demande de considérer le karate comme un art martial à part entière qui doit être pratiqué avec le plus grand sérieux : "Cela implique de dépasser les simples notions d'application et de sincérité dans l'entraînement. Pour chaque déplacement, chaque mouvement de main, vous devez imaginer que vous affrontez un ennemi armé d'un sabre à la lame tranchante ". Funakoshi raconte que son professeur Yasutsune Azato a déjà affronté à main nue Kanna Yasumori, un maître de sabre d'Okinawa et a gagné l' affrontement. Dans l'ancien Okinawa-te, le corps était utilisé comme une arme. Ce précepte réfère au principe même du coup frappé, l'atemi. cette méthode de combat utilisait le principe du coup porté avec force et vitesse et précision sur des points particulièrement vulnérables de l'adversaire (points vitaux). Selon le but recherché, l'atemi provoque la douleur, la paralysie, le bris d'os ou d'articulation, l'évanouissement, soit la mise hors de combat momentanée ou définitive.

Danshi mon wo izureba hyakuman no tekki ari

danshi : homme, mâle
mon : porte, barrière
izureba : si (quelqu'un) sort
tekki : adversaire, ennemi

Règle 16. Passé votre foyer, un million d'ennemis attendent.
Les risques de troubles sont plus importants hors de chez soi, il faut donc redoubler de vigilance. Il est rapporté que Funakoshi n'abordait un coin de rue qu'en le contournant largement afin de ne jamais pouvoir être surpris, et qu'il apprenait à ses élèves comment tenir leurs baguettes en mangeant pour pouvoir faire face instantanément à tout danger.

Kamae wa shoshinsha ni ato wa shizentai

kamae : maintien
shoshinsha : novice, personne inexpérimentée
ato : plus tard
shizentai : position normale

Règle 17. Position formelle pour les débutants, position naturelle pour les avancés.
Un débutant doit apprendre et maîtriser toutes les positions, pour obtenir une position naturelle bien plus tard. Un avancé sera capable instinctivement de se tenir naturellement, de façon détendue. Vous ne devez pas raidir votre corps. Vous devez toujours vous détendre pour être prêt à une quelconque attaque d’une quelconque direction.

Kata wa tadashiku jissen wa betsu mono

kata : forme, routine
tadashiku : correctement
jissen : vrai combat, vraie guerre

Règle 18. La pratique(kata) doit être faite correctement (parfaite), car le combat est autre chose.
Les katas et les exercices de base sont la moelle de l'entraînement du karaté-dô. Anko Itosu disait " Respectez la forme des katas, ne cherchez pas à en travailler l'esthétique. En combat réel, il ne faut pas s'embarrasser ou se laisser entraver par les rituels propres aux katas, le pratiquant doit dépasser le cadre imposé par ces formes et se déplacer librement en fonction des forces et faiblesses de l'adversaire. '' 
Une personne qui met l'accent sur le combat en négligeant la pratique des techniques essentielles sera vite devancée par celui qui s'est entraîné longtemps et assidûment avec les techniques de base.

Chikara no kyojaku, ka rada no shinshiku waza no kankyu wa wasuruna

chikara : puissance
kyojaku : force et faiblesse, force relative
tai : corps
shinshuku : expansion et contraction, elastique, flexible
waza : technique
kankyu : vitesse relative, lent et rapide
wasaruna : n'oublie pas

Règle 19. N'oubliez pas le contrôle de la dynamique de la puissance, de la flexibilité du corps, et de la
vitesse relative des techniques.

Il y a une grande corrélation entre la flexibilité d'un muscle et sa vitesse. " Soyez flexibles, soyez forts, soyez rapides, et employez chacune de ces qualités convenablement pour un résultat maximum "
Lors de l'exécution d'un kata, toutes les techniques ne doivent pas être faites à la même vitesse, la même force, le même rythme d'un bout à l'autre. Avec Bassai dai, par exemple, on apprend le calme et l'agilité, la puissance et les changements, les techniques lentes et rapides, la dynamique de la puissance, comment tirer parti d'une situation embarrassante et changer de blocage.

Tsune ni shinen kufu seyo

tsune ni : tout le temps
shinen : pensée
kufu : invention, moyen
seyo : faite-le

Règle 20. Perfectionnez-vous sans arrêt.
Il faut vivre ses règles quotidiennement. L'objectif final de la pratique du karaté ne touche pas à la seule maîtrise technique, mais vise l'unité du corps et de l'esprit en toute occasion. Cet état d'esprit puise sa légitimité à la source de cet art martial : le combat. Pour espérer vaincre, il faut opposer à l'adversaire ses habiletés et aussi l'ensemble de ses ressources mentales : la concentration, la volonté, la calme, l'esprit de décision. L'un sans l'autre ne peut conduire à l'efficacité absolue. Le but n'est plus de vaincre un quelconque adversaire. Il est de se dominer soi-même entièrement, physiquement et mentalement.
L'homme de progrès travaille toujours pour se perfectionner. C'est une vertu. La plus haute est d'initier les autres. " G.Funakoshi

SHOMEN GICHIN FUNAKOSHI en démonstration technique