Le karaté est une aide pour lutter contre le Cancer

Inouïe mais vraie : une pratique régulière du karaté tend à limiter les rechutes et améliore significativement la survie des malades du cancer.

  • Combattre le cancer ». Parfois, il faut prendre une expression au pied de la lettre. C’est ce que se sont dit en 2000 le cancérologue Thierry Bouillet et le karatéka Jean-Marc Descotes avant de fonder la CAMI Sport et Cancer : cette association d’aide aux personnes atteinte du cancer par la pratique sportive organise dans le XVIe arrondissement de Paris des cours de karaté réservés aux malades. Et si je n’aime pas les sports violents ? Pas d’inquiétude : il y a aussi la possibilité de faire du taï-chi, de la natation, de la course à pied, de la danse…

Le Mawashi… guérit !  C’est bien connu, le sport c’est la santé. En fait, c’est même ce que confirme la science ! Faire du sport quand on est malade ou traité contre le cancer a de nombreux bienfaits : amélioration de la sensation de bien-être, diminution de la douleur, et même augmentation notable des chances de guérison. Oui. D’autres études scientifiques pointent des résultats similaires et mettent en avant une baisse des risques de rechute notable.

40% de rechute en moins en cas de pratique régulière !

Nos deux fondateurs insistent aussi sur un point : les résultats ne sont pas seulement physiques, mais aussi psychologiques. 

Il faut sortir les malades de leur isolement et renforcer les liens sociaux. « C’est un véritable médicament. Il faut établir les modalités de prescription, quelle dose, quelle fréquence, et l’adapter à chaque cas », explique le docteur Bouillet dans un entretien au Monde. Seul flou qui reste à dissiper après avoir terrassé les métastases sans chimio : quand on est ceinture noire, c’est la mort qu’on envoie au tapis ?

Alternative Santé : Avec le Dr Thierry Bouillet, vous avez créé il y a six ans la Cami (Cancer Arts Martiaux et Information) (1). En quoi le karaté permet-il de lutter contre le cancer ?

Jean-Marc Descotes : Le karaté n'est pas violent, il est l'expression de la violence qui nous habite. Il nous apprend à la connaître et à la reconnaître, il nous permet de l'exprimer et de la maîtriser.
Le symbole du cancer est un crabe, quelque chose qui nous ronge de l'intérieur. Cette maladie est une violence tournée contre soi. Le karaté nous apprend à la retourner vers l'extérieur.

Alternative Santé : Dans le karaté, on combat contre un adversaire…
Jean-Marc Descotes : C'est un travail à deux. Très souvent nous avons peur de notre propre violence. Nous avons peur de faire mal à l'autre… Et la peur nous empêche de réagir. De la même façon, nous sommes tétanisés par le cancer. Les arts martiaux nous apprennent à maîtriser notre peur et à la faire sortir.
À la différence du yoga qui ne propose qu'un travail sur soi, les arts martiaux permettent l'échange, la relation avec les autres. Or, l'origine de notre cancer est souvent relationnelle, de soi à soi, mais aussi de soi aux autres.

Alternative Santé : Comment procédez-vous ?
Jean-Marc Descotes : Nous apprenons les techniques de karaté. Nous travaillons sur le relâchement, sur les étirements, sur la respiration. L'entraînement nous permet d'entrer dans notre corps… Nous oublions souvent que nous avons un corps. Nous apprenons à le ressentir, l'articuler, le mouvoir…

Alternative Santé : Vous vous appuyez sur les capacités d'autoguérison du corps ?
Jean-Marc Descotes : Dans les cas graves, le corps a besoin d'une aide extérieure : de la chimiothérapie, de la radiothérapie… Mais après, comment chacun réagit-il aux traitements ? Nous permettons aux gens de récupérer, d'endurer la souffrance…
L'individu peut bloquer l'efficacité des soins. Le travail sur le corps permet de supprimer les tensions inutiles et les blocages. En cela, il contribue aussi à éliminer les " poisons " que sont ces traitements lourds.

Alternative Santé : Comment vous attaquez-vous aux causes du cancer ?
Jean-Marc Descotes : Dans le bushido (voie des arts martiaux), la liaison corps-esprit est constante. En libérant l'un, nous libérons l'autre, et réciproquement.
Dans un premier temps, il faut " accepter " que ces cellules cancéreuses sont les miennes et sont dans mon corps. S'accepter tel que l'on est. On entre alors sur la voie, on
se met en route vers soi-même. On peut ainsi remonter jusqu'à certains phénomènes, certains blocages, qui ont un rapport avec le cancer, et travailler à s'en libérer. Ce ne sont pas les autres qui sont responsables de ma maladie, mais moi dans la permission que je lui ai donnée de venir s'installer chez moi.

Alternative Santé : Tout le monde accepte-t-il ce travail sur soi ?
Jean-Marc Descotes : Non, il y a des gens que cela n'intéresse pas, certains nous quittent. Le cancer nous place devant notre vécu, il nous alerte sur le fait que ce que nous vivons ne nous convient pas… Tout le monde n'est pas prêt à réaliser ce travail sur soi.
Une centaine de personnes sont venues travailler à la Cami depuis sa création. Selon les statistiques, beaucoup ne devraient plus être là… mais elles le sont toujours !o

Propos recueillis par Pierre dhombre

Livre
Le samouraï et le cancérologue
Son titre fait penser à un livre de science-fiction, mais son contenu n'a rien d'imaginaire. Très accessible, c'est le récit et l'explication par un " vrai " cancérologue - Thierry Bouillet - et par un " vrai " professeur de karaté - Jean-Marc Descotes -, de l'apport du karaté pour lutter contre le cancer. Simple, profond, étonnant.
Éd. Entrelacs, 243 pages 17,50 €