Attaque des 47 Ronins

Découvrez l'histoire des 47 Ronins ou Chushingura


L'histoire des 47 Ronins, aussi connue sous le nom de 47 Samouraïs, ou la « Vendetta d'Akō », ou en Japonais Akō rōshi (赤穂浪士) ou encore genroku akō jiken (元禄赤穂事件), est l'archétype de l'histoire japonaise classique. Elle est décrite dans les manuels d'histoire japonais comme une « légende nationale » où les 47 Ronin sont aussi appelés les 47 gishi ou Akō gishi

La vengeance des 47 Ronins est une histoire vraie, un fait historique, et se veut l'expression ultime du Bushido, code d'honneur des Samourais

L'histoire des 47 Ronins, également connue sous le nom de "Chushingura" (conte des loyaux serviteurs, en japonais)

Le nom Chushingura provient du nom d'une pièce de théatre kabuki créée 50 ans après ce fameux évènement, relatant la prestigieuse l'histoire des 47 Ronins.

En photo, les tombes des 47 Ronins au temple Sengakuji.

Comprendre le Bushido

Afin d’apprécier pleinement l’histoire des 47 Ronin, il est important pour nous occidentaux, de comprendre l’esprit du Bushido, fondement psychologique, philosophique et spirituel de la classe des Samourais à l’époque médiévale.

Dans l'ancien Japon, les Samourais consacraient leur vie au Bushido qui est un code de vie de transmission orale, enseignant des principes moraux et des valeurs telles que le respect, la loyauté, le courage, l’honneur et l’autodiscipline. Le Bushido trouve ses origines dans le Bouddhisme Zen ainsi que dans le Shinto. Il représente l’âme et le cœur de la société japonaise.

Le Bushido demandait aux Samourais d’être sincères, honnêtes, fiables et de vivre une vie détachée des biens matériels et de l'argent. Ils se devaient également de posséder des valeurs telles que le sens du devoir, la fierté, l'honneur, la compassion l’altruisme, plaçant les besoins des autres avant leurs propres besoins.

Les Samourais avaient une relation très intime avec la mort et, dès leur plus jeune âge, ils s’entraînaient à garder à l’esprit l’idée inéluctable de la mort. Cet état d’esprit stoïque et pragmatique leur permettait de vivre intensément le moment présent, d’apprécier réellement la vie ainsi que les personnes qui leur sont chères.

Selon le Bushido Shoshinshu écrit au XVIIe siècle par Taira Shigesuke, célèbre Samourais et stratège militaire de la période Edo: «Le premier souci du Guerrier est d'avoir toujours la mort présente à l'esprit, chaque jour et chaque nuit, du matin du premier jour de l'année jusqu'à la nuit du Nouvel An. Cette disposition de l'esprit vous permettra de remplir vos devoirs professionnels et familiaux avec justesse, sans remords. Une telle attitude de l'esprit face à la mort vous permettra d'éviter d'innombrables maux et calamités, vous serez physiquement sain et en santé, et vous vivrez une longue vie. Qui plus est, votre personnalité, la force de votre caractère et votre vertu grandiront.

Toujours selon Bushido, lorsqu’un Samourai perd son honneur ou s’il était sur ​le point de le perdre, il pouvait le retrouver en effectuant le seppuku (souvent faussement appelé "hara-kiri" en occident) qui est une forme de suicide rituel. Que le recours au seppuku fut choisi par le Samourai lui-même ou commandé sous une forme honorable de peine capitale, celui-ci était préférable à une mort déshonorante aux mains de l’ennemi. De plus, le seppuku était l'ultime preuve de fidélité, de courage et d'honneur d'un Samourai envers son Maître. Parfois, après la mort de leur Seigneur, certains vassaux faisaient preuve de leur affection et de leur chagrin, face à cette mort, en exécutant le seppuku.

Parfois, les Samourais utilisaient le seppuku comme acte radical soit de protestation contre une injustice soit pour obtenir la considération de leur seigneur lorsque celui-ci avait commis une action indigne par exemple. Aujourd'hui au Japon, civilisation la plus avancée du point de vue technologique, le Bushido ne représente plus une puissance militaire, mais un état d'esprit : ses fondements continuent à jouer un rôle majeur dans la culture et dans la société japonaise. 

Cet état d’esprit s’observe au quotidien, dans toute relation hiérarchisée : travailleurs Japonais envers leurs employeurs, étudiants envers leurs enseignants, apprentis envers leurs maîtres. Ces relations de subordination sont empreintes de fidélité et de loyauté résistantes toute épreuve.

Des centaines d'années après sa disparition “officielle”, le Bushido est toujours au cœur de la structure sociale, politique et culturelle du Japon.

Certains pensent que les 47 Ronins ont bien appliqué le code du Bushido lors de cet événement mais d'autres, comme Yamamoto Tsunetomo, auteur de l'Hagakure, pensent qu'en laissant passer plusieurs mois avant de venger leur maitre, les 47 Ronins ont pris le risque de laisser ce crime impuni dans le seul but d'être certains de tuer Kira, ce qui aurait été peu probable s'ils avaient réagi immédiatement. En effet, Kira s'était préparé à l'attaque. Les détracteurs de cette légende pensent donc qu'il s'agit d'une bonne histoire de revanche mais pas d'une histoire de Bushido.

Oishi Kuranosuke, le chef des Ronins, souhaitait absolument la mort de Kira, alors que selon le code du Bushido, la mort de l'agresseur compte peu. Il faut avant tout montrer son courage et sa détermination par une réaction forte et immédiate sans accorder d'importance à la victoire ou la défaite. En laissant passer du temps avant de se venger, Ōishi a pris le risque de déshonorer le nom de son clan (si, par exemple, Kira était mort accidentellement entre-temps), ce qui est la pire chose qu'un samouraï puisse faire.

 

 

La tragédie du Château d'Edo, prologue d'une vengeance annoncée

En 1701, deux daimyos (seigneurs) sont appelés à la cour par Tokugawa Tsunayososhi, le Shogun au pouvoir à cette époque à Edo (l'actuelle Tokyo). Il s'agit de Kamei Korechika et d'Asano Naganori, le jeune daimyo du fief d'Akō dans la province de Harima (à l'ouest du Honshu)

Ils sont chargés d'organiser la cérémonie d'accueil pour le cortège de l'empereur Higashiyama, attendu à la cour du shogun à l'occasion du sankin kōtai, la réunion périodique des daimyos.

 Photo: Représentation de l'attaque de Naganori Asano sur Yoshinaka Kira au château d'Edo.

Asano et Kamei furent contraints d'obtempérer aux instructions nécessaires à l'organisation de cette complexe réception : c'est le puissant Kira Yoshinaka, haut fonctionnaire du Shogunat, un homme rude, arrogant et avare, maitre attitré de la Cour Royale, qui donna ces ordres. Or, Kira se montre particulièrement mal disposé à leur égard, probablement à cause de la soi-disant modicité des présents qu'il recut, tel cette bonite séchée, poisson de grande qualité, cadeau très prisé à l'époque.

Offusqué, Kira négligea la formation qu'il devait donner à Asano et Kamei et commenca même à les injurier. Après plusieurs heures, Kamei Koremasa sur le point de perdre son sang froid face aux insultes de Kira décida, afin d'éviter tout problème suite à l'idée d'Asanode tuer Kira, pour laver cet affront, d'offrir un cadeau d'une valeur monétaire conséquente, répondant aux attentes de Kira.

De fait, Kira se montre maintenant tout miel envers Kamei, ce qui atténue le courroux de ce dernier. Ce qui évite un meurtre qui aurait été un désastre aussi bien pour leur prince que pour la Cour

Kira reporte désormais sa hargne grossière contre Asano, qui n'a fait aucun geste dans le même sens. Il ne rate aucune occasion de le bafouer et finit par le traiter de cul-terreux. Pour le coup, Asano sort de ses gonds. Il bondit sur Kira, dégaine son sabre court (wakizashi), le blesse d'abord au visage, manquant son second coup qui éventre un coussin, avant que la garde accourue ne sépare les deux adversaires.

Certes, la blessure de Kira était bénigne, mais oser attaquer un haut fonctionnaire du shogunat à Edo, et dans l'enceinte du palais du shogun, était en soi un acte gravissime — le simple fait d'y tirer une arme y était passible de la peine de mort...

Asano Naganori, Seigneur du Fief de Ako fut ordonné de commettre le seppuku, le suicide rituel, et ce, le soir- même. Suite à ces évènements, Kira reçut l'expression de la sympathie des Seigneurs et Dignitaires des lieux. Il put ainsi continuer à vaquer à ses occupations de facon normale.

L'information parvient rapidement au principal conseiller à la cour d'Asano, Oishi Kuranosuke Yoshio, celui-ci prend les affaires en main, met la famille d'Asano en sécurité avant de remettre les clefs du château aux envoyés du gouvernement Tokugawa qui après la mort d'Asano, confisque tout ses biens, son châteaut; son fief de Ako fut abolit et ses hommes perdirent leur statut de Samourais devenant des RoninsSamourais sans emploi.

Photo: Matsu no Ōrōka, le couloir des pins, au château d'Edo, où Asano agressa Kira.

La vengeance, le plan du complot pour retrouver l'honneur souillé

En secret, Oishi décida de former un groupe afin de venger la mort de leur Maitre. Des 371 Samourais qui composaient le clan, seuls 46(50 à l'origine, selon certaines sources) acceptèrent de participer à cette vendetta et ce, au prix de leurs vies. Sous le Gouvernement Tokugawa, les vendettas étaient illégales et passibles de mort.

Photo: Deux des 47 rōnin : Horibe Yahei et son fils adoptif, Horibe Yasubei. Yasubei porte un Otuchi.

Ils jurèrent avec leur sang de venger leur maitre et décidèrent de mettre à exécution leur plan, en dépit de l'issue fatale à laquelle ils ne pourraient échapper, mais qui sauverait leur honneur, celui du clan et surtout celui de leur Maitre.

Pour rassurer Kira et les autres fonctionnaires du shogunat, ils se dispersent et se font passer pour des commerçants ou des moines. Ōishi lui-même s'établit à Kyoto, fréquentant assidûment tavernes et bordels, pour dissiper les suspicions de vengeance qu'on pouvait lui prêter. Le maître des cérémonies Kira reste cependant méfiant et fait espionner Ōishi ainsi que quelques autres hommes d'Asano.

Rien n'avait plus de valeur au yeux des 47 Ronin que le succès de leur mission ; un des Ronin alla même jusqu'à se marier avec la fille de l'architecte responsable de la construction de la résidence de Kira, pour obtenir des renseignements sur cette résidence. La nuit, en secret, ils transportaient par bateau, armes, armures et autre équipements achetés à un marchand, un allié du clan.

Oishi Kuranosuke savait que les 47 fidèles d'Asano préparaient leur mort en passant à l'acte : ils pouvaient non seulement mourir durant l'attaque, mais aussi, et même s'ils réussissaient à capturer et à tuer Kira, ils mourraient obligatoirement car le Shogun demanderait leur tête.

Pour protéger sa famille, Ōishi divorce de son épouse, afin qu'il ne lui soit fait aucun tort si les partisans de Kira voulaient se venger. Il la renvoie chez ses parents avec leurs deux plus jeunes enfants. Il laisse cependant à l'aîné le choix entre rester pour se battre ou partir. Chikara choisit de rester avec son père.

La vie de Ōishi devient alors une vie de débauche, à l'opposé des valeurs du samouraï. Pilier des tavernes, habitué des maisons de geishas (en particulier Ichiri Ochaya), il multiplie les obscénités en public. Ses hommes lui payent même une concubine, dans le but de le calmer un peu, mais ils cherchaient avant tout à calmer la vigilance des espions de Kira…

Car tous ces faits sont bien entendu rapportés à Kira, Le plan de Oishi fonctionna à merveille : les espions informèrent Kira que le chef des Ronin d'Ako était tombé en disgrace menant une vie de débauche, son amour pour le saké le rendant incapable de tout acte de vengeance. Les mois passèrent, et Kira finit par croire qu'il était en sécurité et que Oishi Kuranosuke et les Roninn'avaient pas l'intention de venger la mort de leur Maitre. Assoupissant peu à peu sa méfiance. En effet, il paraît désormais clair que le ban d'Asano n'est qu'un ramassis de samouraïs de pacotille, qui n'ont même pas le courage de venger leur maître. Puisqu'ils paraissent décidément inoffensifs, une année et demie s'étant écoulée, il peut relâcher la surveillance.

Quelques temps plus tard, après avoir accumulé suffisamment d'informations telles que les plans de sa résidence, la ronde des gardes, et de surcroit, voyant que la vie de Kira semblait revenir à la normale, les Ronins décidèrent de passer à l'acte.

 

L'Attaque des Ronins de la maison fortifiée de Kira

En décembre 1702, Ōishi Kuranosuke est enfin persuadé que la situation est favorable et que la garde de Kira est suffisamment relâchée. Subrepticement, il quitte Kyoto pour se rendre à Edo où sa petite troupe s'est rassemblée dans un lieu secret et a renouvelé le serment de la conjuration.

Photo: L'attaque, Chūshingura, acte 11, scène 2 (estampe de Hokusai).

Durant la nuit du 14 Décembre 1702, la première neige tombait paisiblement sur Edo. Les Ronin revètirent leurs armes et armures et se préparèrent à l'assaut. Oishi inspecta chacun d'entre eux et les interrogea tour à tour afin de faire réviser � chacun, son rôle durant l'attaque. Par dessus leurs armures, ils revètirent des uniformes noir et blanc semblables à ceux de la brigade de feu. Cette tenue leur permit de se déplacer dans les rues de la ville sans attirer l'attention.

Le plan est minutieusement étudié : les assaillants vont se diviser en deux groupes, armés d'épées et de grands arcs. Tandis que le premier, sous la conduite d'Ōishi attaquera la porte principale, le second, commandé par son propre fils, Chikara, prendra la maison à revers. Un bruyant coup de gong donnera à tous le signal pour l'assaut et un coup de sifflet leur signalera que Kira est mort. Aussitôt, on lui coupera la tête pour aller la porter en offrande sur la tombe du seigneur Asano. Ensuite, ils se rendront et attendront la sanction inéluctable : la mort. Tout cela est décidé au cours d'un dernier repas pris en commun, où Ōishi et ses hommes font serment de ne faire aucun tort aux femmes, enfants et autres personnes sans défense. Le code du Bushido n'impose pas de respecter les civils, mais ne l'interdit pas non plus. Pour ce faire, Quelques minutes avant l'attaque, Oishi envoya un message aux voisins habitant près de la résidence de Kira, les informant que dans les minutes qui suivent, les loyaux sujets du fief d'Ako allaient attaquer le manoir de Kira afin de venger la mort de leur Seigneur ; il leur demandait de la sorte de ne pas les confondre avec des voleurs. Les voisins n'appréciant guère Kira, personne n'intervint et personne ne dit mot.

Ōishi ordonne à quatre hommes d'escalader la clôture pour surprendre les portiers, les neutraliser et les ligoter. Ensuite, il fait informer tout le voisinage qu'il ne s'agit pas de cambrioleurs, mais de guerriers qui veulent venger la mort de leur seigneur, et qu'il n'arrivera rien à quiconque, hormis Kira. Les voisins, qui détestaient eux aussi Kira, se tiennent tranquilles.

Il place alors des archers en couverture (certains prennent position sur le toit) pour s'assurer que ceux qui dorment encore ne puissent s'échapper et aller chercher de l'aide.

Tout est prêt. L'assaut débute sur un violent coup de gong à l'avant de la maison. Dix hommes de Kira y sont affectés, mais l'escouade d'Ōishi Chikara les prend à revers.

Malgré le fait qu'ils furent pris par surprise, les hommes de Kira, au nombre d'environ 120, opposèrent une terrible résistance aux Ronin d'Ako. La majorité des gardes de Kira furent tués durant l'attaque, quelques blessés parvenant à s'enfuir. Certains historiens affirment que les fils de Kira furent parmi les fuyards : aucune certitude ne peut être avancée à ce sujet.

Kira, terrifié, s'enfuit avec sa femme et ses servantes, dans un réduit au fond de la véranda, tandis que le reste de ses hommes, qui dormaient dans des baraquements à l'extérieur, tente désespérément d'entrer dans la maison pour le délivrer. N'y parvenant pas, ils tentent d'envoyer quelques-uns d'entre eux chercher du secours, mais les archers veillent et abattent tous ces messagers.

Au terme d'un combat furieux, le dernier homme de Kira est enfin maîtrisé. Seize de ses hommes ont été tués, vingt-deux ont été blessés, parmi lesquels le petit-fils de Kira, mais pas la moindre trace de ce dernier. Ils fouillent fébrilement la maison, ne trouvant que des enfants ou des femmes en pleurs. Ils commencent à désespérer lorsque Ōishi s'aperçoit que le lit de Kira est encore chaud : il ne peut être bien loin. En fouillant la chambre, ils découvrirent sous le lit un passage secret qui menait au jardin. Oishi Kuranosuke et quelques hommes empruntèrent le passage secret et après un bref combat contre quelques gardes de Kira, ils le trouvèrent caché dans une petite cabane dans un coin du jardin...

La mort de KIRA et le Seppuku des Ronins

Ōishi, en hommage au rang de Kira, s'agenouille alors devant lui, lui expliquant qui ils sont, et leur exigence de tirer vengeance pour la mort de leur prince. On lui offre néanmoins de mourir honorablement en samouraï en exécutant un seppuku. Ōishi propose même son assistance et présente à Kira la dague même qui avait servi à Asano pour se donner la mort.

Photo: Le retour des rōnin, acte 11, scène 5, Chūshingura.

Réalisant que Kira n'avait ni l'honneur, ni le courage requis pour commettre le seppuku,Ōishi charge un rōnin de faire agenouiller Kira et il le décapite avec la dague.

La tête de Kira fut respectueusement enveloppée dans un drap blanc puis placée dans un panier en paille de riz. Bien que certains Ronin fussent blessés, ils se rendirent néanmoins tous au Temple Zen Sengaku-ji d'Edo où se trouvaient les cendres et la tombe d'Asano.

Une fois arrivés au Temple, les Ronin lavèrent la tête de Kira dans un puits et posèrent celle-ci sur la tombe de Asano. Ils firent une prière et rendirent hommage à leur Seigneur, sachant quelle fin les attendait. Ils donnèrent la fortune complète du clan d'Asano au moine responsable du temple, lui demandant de prendre soin de leurs dèpouilles après leur mort et de faire les cérémonies Bouddhistes rituelles.

L'heure de la reddition a sonné. On les divise en quatre groupes, sous la garde de quatre daimyos différents.

Arrivent alors au temple deux amis de Kira, qui viennent chercher sa tête pour l'enterrer. De nos jours, le temple possède encore le reçu signé à cette occasion par l'abbé et les deux amis.

Les autorités du shogunat se trouvent fort embarrassées. D'un côté certes, les samouraïs s'étaient bien conformés aux usages guerriers du bushido, qui leur imposait de venger la mort de leur maître, mais d'un autre côté, ils avaient violé l'interdiction des vendettas édictée par le shogun à Edo. Comme prévu, ils sont condamnés à mort, mais le shogun leur accorde la mort honorable par seppuku, plutôt que de les faire exécuter comme de vulgaires criminels. Tous vont se plier au rite pour finir en guerriers7.

C'est le Genroku 15, le 19e jour du 12e mois (元禄十五年十二月十九日?dimanche 4 février 1703 que les Ronins s'appliquent la sentence.

Conformément à leurs dernières volontés, les condamnés sont enterrés au temple Sengaku-ji, sur une seule rangée face à la tombe de leur seigneur. Quant au 47e rōnin, revenu plus tard de sa mission à Akō, il sera gracié par le shogun, n'étant pas un bushi. Il vivra jusqu'à 78 ans et sera finalement enterré aux côtés de ses camarades.

Les tenues et les armes que portaient les rōnin se trouvent encore aujourd'hui au temple, ainsi que le tambour (ōtsuchi) et le sifflet. La majeure partie de l'armement était de leur propre fabrication, car ils voulaient éviter d'éveiller la curiosité en achetant ces articles militaires à un forgeron.

Les tombes des rōnin deviennent tout de suite un lieu public où les gens s'assemblaient pour prier. Parmi ceux-ci, on retrouve cet homme de Satsuma qui avait bafoué Ōishi, alors que celui-ci gisait ivre mort dans le caniveau. Désormais, il s'en repent amèrement, demande pardon d'avoir cru que Ōishi n'était pas un vrai samouraï, puis, inconsolable, se suicide. On lui accorde finalement d'être enterré à côté des 47 rōnin.

La réhabilitation, une histoire encore vivante

De nos jours, plus de 300 ans après ces évènements, l'histoire des 47 Ronin fascine encore les Japonais ; elle est l'une des histoires les plus populaires au pays du Soleil Levant. Tous les japonais la connaissent avec force détails, quel que soit leur âge ou leur niveau d'éducation.

Transmise de génération en génération depuis des siècles, l'histoire de 47 Ronins illustre parfaitement l'esprit et le cour de la société Japonaise.

La longue et tumultueuse histoire du Japon a engendré de nombreux contes épiques d'amour, de loyauté et de vengeance, mais l'histoire des Braves d'Ako est définitivement la plus populaire et la plus appréciée.

Cette histoire d'un incroyable altruisme est la plus pure expression du Bushido, la Voie du Samourai

Même si l'on considère ces événements comme une action purement dictée par le sens de l'honneur et la loyauté, il faut aussi admettre qu'ils ont eu des effets très concrets sur la restauration du clan Asano.

La mort du seigneur avait privé d'emploi des centaines de samouraïs, et il leur était en général impossible de trouver une autre place, issus qu'ils étaient d'une maison déshonorée. Beaucoup avaient alors dû se reconvertir en ouvriers agricoles ou journaliers. L'affaire des 47 rōnin ayant réhabilité le nom, beaucoup des samouraïs au chômage retrouvèrent en peu de temps un emploi très honorable. Asano Daigaku Nagahiro, frère cadet de Takuminokami et son héritier, fut rétabli par le shogunat Tokugawa dans ses titres, même s'il ne retrouvait qu'un dixième de l'ancien domaine.

Controverses, respect du Bushido ou simple vengeance ?

Certains pensent que les 47 Ronins ont bien appliqué le code du Bushido lors de cet événement mais d'autres, comme  Yamamoto Tsunetomo, auteur de l'Hagakure, pensent qu'en laissant passer plusieurs mois avant de venger leur maitre, les 47 rōnin ont pris le risque de laisser ce crime impuni dans le seul but d'être certains de tuer Kira, ce qui aurait été peu probable s'ils avaient réagi immédiatement. En effet, Kira s'était préparé à l'attaque. Les détracteurs de cette légende pensent donc qu'il s'agit d'une bonne histoire de revanche mais pas d'une histoire de Bushido.

Oishi Kuranosuke, le chef des Ronins, souhaitait absolument la mort de Kira, alors que selon le code du Bushido, la mort de l'agresseur compte peu. Il faut avant tout montrer son courage et sa détermination par une réaction forte et immédiate sans accorder d'importance à la victoire ou la défaite. En laissant passer du temps avant de se venger, Ōishi a pris le risque de déshonorer le nom de son clan (si, par exemple, Kira était mort accidentellement entre-temps), ce qui est la pire chose qu'un samouraï puisse faire.

Chushingura, l'histoire des 47 Ronins d'Ako, ne sera jamais oubliée et comme disent les Japonais: "Connaitre l'histoire des 47 Ronins, c'est comprendre le Japon".

 

 

 

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